1. La banque européenne d'investissement
  2. D'un cruciforme brutal naît la douceur d'une courbe
  3. Un bâtiment, deux poumons
  4. Le bras financier armé de l'Europe
  5. 75 milliards de prêts en 2013
  6. Un milliard pour le Luxembourg
  7. Une aide à l'économie réelle

L'effet de levier made in Europe

Patientez puis défilez vers le bas

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La banque européenne d'investissement

Un reportage de

Dominique Nauroy

Photos

Photos d'intérieur : Marc Wilwert

Photos d'extérieur : Romain Schanck et BEI

Remerciements à

Sabine Parisse

D'un cruciforme brutal naît la douceur d'une courbe

Le nouveau bâtiment de la Banque européenne d'investissement (BEI) a été inauguré en juin 2008. Il est l’œuvre d'une équipe d'architectes allemands, dirigée par Ingenhoven Architekten (Düsseldorf). Il a été prévu pour 750 postes de travail (1.100 personnes y travaillent actuellement).

Il est relié au premier édifice, érigé en 1980 et situé à l'ouest, par un bâtiment qui fait office de trait d'union et où se trouvent notamment une cafétéria centrale. Ce « pont » entre Est et Ouest comporte également une banque, une agence de voyage pour les déplacements des agents et un kiosque.

En 1968, la BEI était installée place de Metz à Luxembourg. Le déménagement au Kirchberg date de 1980, dans un bâtiment cruciforme, auquel on a ajouté une première extension au milieu des années 1990, l’ensemble prévu pour 1.100 personnes (1.500 s'y retrouvent aujourd'hui). 

Le bâtiment Ouest est l'un des témoins du « brutalisme », courant architectural d'origine anglo-saxonne qui connut une grande considération entre les années 1950 et 1970. Il est l’œuvre de l'architecte anglais Sir Denys Lasdun (1914 - 2001), éminent représentant de ce mouvement moderniste, auteur notamment du Royal National Theatre à Londres.

Ce bâtiment doit être rénové à brève échéance. Il comporte notamment une grande salle de conférences. Celle-ci accueille notamment, chaque mois, les représentants des pays membres de l'Union européenne qui constituent le conseil d’administration de la BEI.

Accès vers le bâtiment Ouest

Accès vers le bâtiment Ouest

La BEI est propriétaire de l'ensemble de ses biens immobiliers.

Un bâtiment, deux poumons

Le bâtiment « Est » a décroché la mention « Excellente » pour sa certification environnementale BREEAM (méthode BRE d’évaluation de la performance environnementale des bâtiments, mondialement reconnue). Il a été le premier à obtenir cette certification en Europe continentale. Mais quand la BEI fait de l'efficacité énergétique une priorité de ses activités de prêt, le minimum est de donner l'exemple.

Une enveloppe vitrée coiffant l'ensemble de l'immeuble permet de profiter au maximum de la lumière naturelle. Cette façade de verre de 11.000 m² mesure 35 mètres de hauteur sur une longueur de 170 mètres.

Façade incurvée, côté nord

Façade incurvée, côté nord

Le bâtiment, adossé à la vallée, abrite trois jardins d'hiver situés au nord, côté Val des Bons Malades, qui ont une fonction d'amortisseurs thermique. Grâce à eux, la demande de chauffage en hiver et de réfrigération en été est réduite. De ce côté, la façade est suspendue à une armature de poutres métalliques incurvées.

Côté sud, trois atria, zones de passage et d'espaces communs, ont la même fonction et sont ventilés naturellement en été de manière à permettre une évacuation de l'énergie solaire. En hiver, cette même énergie, gardée captive sous la coque fermée, est utilisée pour réchauffer le bâtiment en réduisant ainsi la consommation d'énergie.

Jardin d'hiver

Jardin d'hiver

Dans les dalles en béton, des canalisations font circuler un liquide pour refroidir la structure et contribuent elles aussi à abaisser la température du bâtiment.

L'enveloppe vitrée, constituée de fenêtres triangulaires automatisées, peut également être ouverte par endroits pour permettre à l'air frais de circuler dans le bâtiment, notamment pendant les nuits d'été.

Façade côté nord

Façade côté nord

Les bureaux sont donc protégés par ces tampons thermiques que constituent, au nord, les trois jardins d'hiver, au sud, les trois atria, soit deux grandes zones climatiques naturelles, les deux poumons du bâtiment. Dans les bureaux, la température est stable à 21°C, avec possibilité de la faire varier à plus ou moins 2°C grâce à des ventilo-convecteurs situés dans le sol ou au système central de ventilation. Il n'y a pas d'air conditionné.

Vu du ciel, le bâtiment se présente comme un double W. Les bureaux sont aménagés dans les ailes disposées en zigzag, auxquelles on accède par des couloirs, des passerelles, des escaliers et des ascenseurs.

L'un des atria, vu du 9e étage

L'un des atria, vu du 9e étage

La majorité des matériaux de construction ont été choisis en raison de leur faible empreinte écologique. Ainsi, les cadres des façades intérieures ont été construits en bois « certifiés » plutôt qu'en aluminium.

Les quelque 255 employés du Fonds européen d'investissement (FEI) étaient encore récemment dans le nouveau bâtiment de la BEI mais ils ont, faute d’espace, dû déménager dans un autre bâtiment au Kirchberg.

Le bras financier armé de l'Europe

Le groupe BEI (BEI + FEI) emploie, tous statuts confondus, près de 3.000 personnes (dont près de 2.700 au Kirchberg), chargées de traiter la demande de financement dans les Etats membres de l'UE et 173 pays partenaires. La BEI est le premier émetteur et bailleur de fonds multilatéral au monde. Elle soutient des projets qui concourent à la réalisation des objectifs stratégiques de l'UE avec, au premier chef, le soutien à la croissance et l'emploi.

Les deux langues de travail sont le français et l'anglais, mais ce dernier prend de plus en plus d'importance depuis les derniers élargissements.

Canapés, bâtiment Est

Canapés, bâtiment Est

Les agents de la BEI n'ont pas le statut de fonctionnaires européens. On peut donc y travailler sans passer le concours de la fonction publique européenne.

Le « turn-over » est ici faible : en général, quand on entre à la BEI, c'est pour y rester.

Le directeur général des Finances de la BEI, Bertrand de Mazières, considère la BEI comme « le bras financier armé de l'Europe » : « C'est l'un des exemples les plus réussis de la construction européenne », se félicite-t-il.

75 milliards de prêts en 2013

75,1 milliards d'euros de prêts ont été accordés par le groupe BEI l'an dernier, dont 67,1 milliards au sein de l'UE, afin d'y soutenir la reprise économique. Ces sommes devraient rester globalement identiques en 2014 et 2015.

La BEI, notée AAA par les agences, présente un ratio de solvabilité supérieur à celui auquel les autres banques sont contraintes. A l'exception du Mécanisme européen de stabilité (MES), elle est la seule institution européenne à disposer en son sein d'une salle des marchés pour lever les fonds nécessaires. Elle prête à un taux parmi les meilleurs du marché, du fait de sa notation mais aussi parce qu'elle fonctionne sans appliquer de marge de profit.

Salle des marchés

Salle des marchés

Cette année, comme en 2015 et 2016, la BEI seule doit lever environ 70 milliards d'euros sur dix mois, soit sept milliards chaque mois, précise Eric Lamarcq, directeur de la Trésorerie. Les équipes en charge des marchés des capitaux sont en conséquence quotidiennement en activité pour profiter des meilleures conditions d'emprunt.

Eric Lamarcq, Bertrand de Mazières

Eric Lamarcq, Bertrand de Mazières

« La salle des marchés est l'endroit où nous gérons le stock de notre matière première, à savoir l'argent », résume M. de Mazières. Trente-cinq personnes sont affectées aux opérations gérées directement depuis la salle des marchés, auxquelles s'ajoutent une trentaine de personnes pour l'activité d'emprunt obligataire.

Dans la direction des opérations de prêts, d'autres agents s'occupent des relations avec les autres banques car pour les PME, la BEI passe par le biais de banques traditionnelles. Environ un quart des prêts cofinancés par la BEI sont ainsi intermédiés. La BEI demande alors confirmation ainsi que des informations aux banques afin de savoir à qui et dans quelles conditions elles ont bien prêté à leur tour cet argent, indique Klaus Trömel, directeur général des opérations de prêt.

Dès 2008, face à la crise, la BEI a tout mis en œuvre pour jouer un rôle anticyclique face à la crise, en soutenant les investissements qui étaient en cours dans nombre de domaines. Surtout, précise M. Trömel, elle a continué à le faire dans certains pays comme la Grèce ou le Portugal à des moments où, en dehors de la troïka, les sources de crédit traditionnelles s'étaient asséchées. La BEI a en effet décidé de soutenir des projets viables qui participaient à la compétitivité à long terme d'une économie locale.

Klaus Trömel

Klaus Trömel

En s’engageant pour des projets viables et en investissant quand les marchés ne le font plus, sa mission consiste à soutenir l'économie réelle et à contribuer au retour de la compétitivité.

Elle a procédé à une augmentation de capital de dix milliards d'euros en 2012 (ce sont les Etats membres de l'UE qui ont procédé à cette augmentation), permettant par effet de levier d'offrir 60 milliards d'euros supplémentaires de prêts (répartis entre 2013 et 2015).

Chaque année, environ 500 projets de grande envergure sont financés dans plus de 60 pays, avec pour but de maintenir l'avantage concurrentiel de l'Europe à l'échelle mondiale, qu'il s'agisse de véhicules électriques en France ou du développement de parcs éoliens en mer de Nord.

Façade sud bâtiment Est

Façade sud bâtiment Est

En 2013, les priorités ont été ainsi réparties :

  • Près d'un tiers des prêts de la BEI (19 milliards d'euros) a été alloué à des projets relevant de l'action en faveur du climat.

  • 4,2 milliards ont été investis pour financer des villes européennes intelligentes.

  • La banque a consacré quelque 17,2 milliards d'euros à l'innovation, thème qui prend une importance croissante alors que la BEI réfléchit à la meilleure manière de soutenir la recherche et le développement, en donnant l'impulsion nécessaire pour permettre aux innovations de rencontrer leur marché.

  • 15,9 milliards ont été investis pour favoriser les infrastructures énergétiques.

  • 21,9 milliards ont été accordés aux PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire) en Europe.

  • Enfin 9,1 milliards ont été consacrés en faveur de l'emploi des jeunes, particulièrement dans des régions où il explose, avec notamment le support au maintien et à la création de quelque 50.000 emplois pour les jeunes dans l'UE.

Un milliard pour le Luxembourg

Plus d'un milliard a été accordé de 2009 à 2013 sous la forme de prêts individuels, de prêts pour les PME et de soutien aux fonds d’investissement basés à Luxembourg.

Depuis 2012, la Banque est par exemple engagée dans le financement de la rénovation et la construction des nouveaux bâtiments du Parlement européen avec un prêt de 237 millions d’euros.

Colonne d'ascenceurs, bâtiment Est

Colonne d'ascenceurs, bâtiment Est

SES Astra a bénéficié d'un prêt de 200 millions pour la construction et le lancement de deux satellites destinés à couvrir l’Europe continentale.

Un programme important de recherche et développement d'ArcelorMittal a reçu un prêt de 15 millions pour les investissements effectués au Luxembourg.

Canapés en accordéon, bâtiment Est

Canapés en accordéon, bâtiment Est

Le groupe BEI contribue aussi à l’essor de la place de Luxembourg, au titre de ses activités de fonds qui sont souvent menées à partir de structures basées au Grand-Duché.

Une aide à l'économie réelle

Photo de chapitre : gare de Saint-Pancras, Londres (Shutterstock)

Le financement de la BEI représente en moyenne 30% de l'enveloppe globale et ne peut pas dépasser 50%.

Atrium bâtiment Est

Atrium bâtiment Est

Elle agit sur demande de promoteurs de projets, y inclus ses actionnaires, les Etats membres de l'UE, mais un projet peut être retoqué s'il ne répond pas aux priorités de l'UE ou s’il n’est pas viable car la BEI est un organe indépendant.

C’est le rôle des équipes d’ingénieurs et d’économistes (plus de 150) engagés au sein de la BEI d’étudier la viabilité et l’éligibilité des  projets.  Ces ingénieurs ont des compétences qui couvrent toutes les disciplines, tous les champs d'action et sont capables de déterminer, selon le projet soumis, les meilleures technologies à mettre en œuvre.

Atrium bâtiment Est

Atrium bâtiment Est

Au cours des dernières décennies, la BEI a financé, notamment :

Au Luxembourg : le barrage de l'Our, l'autoroute A1 menant vers Trèves, le remplacement du matériel roulant des CFL, l’extension de la flotte de Cargolux, la centrale Turbine-Gaz-Vapeur à Esch, l’usine TDK à Bascharag, de nombreux fonds et des PME via les « prêts pour les PME » accordés à ING et BGL BNP Paribas.

En Europe : réseaux transeuropéens (réseaux ferrés à grande vitesse, le Paris-Bruxelles-Köln-Amsterdam-Londres dont Eurotunnel et la liaison à grande vitesse vers Londres, autoroutes, réseaux d'énergie et de télécommunication, métros et tramways dans quasi toutes les grandes villes, le viaduc de Millau, l’Oresünd qui relie la Suède et le Danemark, des projets d’énergies renouvelables, plusieurs milliers de projets d’entreprises privées. 

En France : le TGV (dont la LGV Est), les tramways dans nombre de villes (dont Tours, Montpellier ou en Ile-de-France), le nouveau hôpital public de Metz et le Mettis, la modernisation des campus d'Aix Marseille.

En Belgique : le TGV, la réfection de la E411, le contournement de liège, la construction d'hôpitaux à Bruxelles et en Flandres, la plus grande écluse du monde à Anvers, des constructions et rénovations de plus d’une centaine d'écoles. Mais aussi des aides à des PME comme... un magasin de chocolats à Anvers.

En dehors de l'Europe, la BEI finance également des projets en lien avec la politique de coopération et d'aide au développement de l'UE comme, par exemple, l'extension du métro du Caire, la centrale solaire à Ouarzazate ou encore la grande barrière de Saint-Pétersbourg pour protéger la ville des inondations.