1. Une journée sur le campus de Bertrange / Mamer
  2. C'est l'Europe, et ça s'entend
  3. Le béton, pilier de l'inertie thermique
  4. « C'est leur maison »
  5. Les élèves aux commandes

L'an II à Luxembourg II

Patientez puis défilez vers le bas

L'an II à Luxembourg II
Patientez puis défilez vers le bas
Une journée sur le campus de Bertrange / Mamer

Un reportage de

Romain Schanck

Dominique Nauroy

Avec la participation de

Clara Plan Remaoun

Serge Feltes

La construction de l'Ecole européenne de Bertrange / Mamer, également appelée « Luxembourg II », a été décidée au début des années 2000 alors que la première Ecole européenne, située au Kirchberg, arrivait à saturation. Les deux écoles européennes du Kirchberg et de Bertrange / Mamer ont une capacité totale de 6.500 élèves.

Bâtiments de l'école secondaire

Bâtiments de l'école secondaire

Il existe actuellement quatorze écoles européennes, dont les deux du Luxembourg. La toute première a d'ailleurs été fondée à Luxembourg en 1953 et comptait, alors, 72 élèves.

Pour sa deuxième rentrée, en septembre 2013, « Luxembourg II » a accueilli 2.150 élèves, 175 de plus que pour l'année 2012/2013.

C'est l'Europe, et ça s'entend

Clara est élève en cinquième année du cycle secondaire (deux années avant le bac). Elle maîtrise l'anglais, le danois et le français et suit des cours de langues en français, allemand, espagnol et latin. L'an prochain, elle souhaite approfondir la philosophie, la sociologie et l'histoire.

Au cours du reportage, nous avons entendu Clara parler français, anglais, danois avec ses pairs. Dans la cour de récréation, elle échange avec ses amis et connaissances selon les préférences de chacun. « Les Italiens et les Français préfèrent parler dans leur langue maternelle mais on peut converser avec eux en répondant en anglais par exemple », dit-elle.

« Les professeurs de langue sont la plupart du temps détachés de leur pays d'origine, et ils apportent avec eux la culture de leur Etat », s'enthousiasme Clara.

Les professeurs qui travaillent ici sont détachés pour une durée maximale de neuf ans. L'Ecole emploie également des chargés de cours.

L'Ecole n'a pas été à la base de son goût pour les langues car elle est née dans une famille où se pratique déjà le multilinguisme mais cet environnement lui permet de développer cette appétence. Elle est, en outre, un formidable lieu de brassage culturel. La phrase de Paul Valéry, « Enrichissons-nous de nos mutuelles différences », prend tout son sens ici.

L'Ecole comprend les trois cycles d’études maternel, primaire, secondaire, comme sa sœur aînée au Kirchberg.

La pierre angulaire des écoles européennes est la scolarisation des enfants dans leur langue maternelle. Des sections linguistiques ont donc été créées. A Luxembourg II, elles sont au nombre de huit : anglophone, francophone, germanophone (ces trois sections se retrouvent également au Kirchberg), danoise, grecque, hongroise, italienne, tchèque. Mais l'Ecole ne se limite pas à ces huit langues car, au total, dix-neuf langues y sont enseignées.

Il existe des élèves qui ne peuvent se rattacher automatiquement à une section, s'ils sont de langue roumaine, slovène, slovaque ou croate. On les appelle « Swals » (Students without a language section) et sont alors redirigés vers les sections anglophone, francophone ou germanophone. Ils bénéficient d'une aide spécifique en langue si besoin.

Tous les élèves choisissent une des trois langues II enseignées : français, anglais, allemand.

Dans certains cours, les sections sont mélangées. M. Meunier, professeur de musique, atteste que ses cours se passent le plus souvent en « franglais ». En sport, l'anglais est, en général, la langue véhiculaire.

Photo: Jens Willebrand

Photo: Jens Willebrand

Actuellement, 29% des élèves de l'Ecole sont enfants de parents qui ne travaillent pas pour les institutions européennes. Les places sont toutefois limitées et, pour eux, l'inscription est payante. Ces frais s'élèvent à 4.639 euros pour une année en primaire et 6.326 euros pour une année en secondaire.

Photo: Jens Willebrand

Photo: Jens Willebrand

Le béton, pilier de l'inertie thermique

Ci-dessus : photo prise en 2012 par Jens Willebrand.

C'est une association de deux cabinets, Michel Petit Architecte et Schilling Architekten, qui a remporté le marché.

Auvent

Auvent

L'objectif principal était de construire une infrastructure à basse consommation énergétique et de garantir des coûts d'entretien réduits. Les concepts fondateurs proposaient notamment :

  • une ventilation naturelle des locaux ;

  • une très bonne isolation des façades et toitures ;

  • des matériaux de construction capables d’absorber de grandes quantités de chaleur et favoriser ainsi l'inertie thermique ;

  • l'ouverture automatique de certaines fenêtres, pendant les nuits d'été, pour rafraîchir l'air des salles ;

  • un chauffage assuré par une chaudière à copeaux de bois et deux chaudières à gaz.

Les constructions, bâtiments et infrastructures routières (dont le fly-over), ont débuté en 2009 pour une mise en service à la rentrée 2012. Le coût total des travaux s'est élevé à 237 millions d'euros.

Peu à peu le gris des murs laisse place à plus de couleurs

Peu à peu le gris des murs laisse place à plus de couleurs

L'architecte « frôle à chaque fois la crise cardiaque » quand il revient entre ces murs et qu'il découvre que l'un d'eux a fait l'objet d'une peinture, s'amuse Serge Feltes, concierge, technicien et « gardien des clés ».

Serge Feltes

Serge Feltes

La philosophie est en effet de proposer des intérieurs à la fois bruts et sobres, d'où le choix de privilégier le gris du béton. « L'architecte était d'avis que trop de couleurs sont source d'agression. La couleur doit venir par les surfaces vitrées teintées et les élèves eux-mêmes », résume M. Feltes.

Tout, ici, a été pensé dans une logique de développement durable : peintures bio (mais difficilement lavables), sols en bois non traité, piliers en béton qui restituent la chaleur, triple vitrage assurant une parfaite isolation thermique et phonique, système automatique d'ouverture des fenêtres pour rafraîchir les salles pendant les nuits d'été.

Vue depuis le bâtiment administratif

Vue depuis le bâtiment administratif

A l'extérieur, l'auvent est composé de coussins gonflables qui protègent de la pluie et des UV. La gestion du système demande toutefois un peu de doigté : le premier hiver, il a fallu évacuer manuellement la neige fondue qui stagnait sur des coussins victimes d'une pression insuffisante.

Deux bureaux d'architecture ont travaillé sur ce campus. Le bâtiment qui héberge les équipements sportifs mise davantage sur des murs en bois.

Halles sportives

Halles sportives

Ici encore, le bâtiment a été pensé dans une logique de développement durable, avec la réinjection de la chaleur des douches dans le système de chauffage.

Entrée du bâtiment sportif

Entrée du bâtiment sportif

Le bâtiment compte cinq gymnases, des salles de danse et de fitness et deux bassins, dont un de 25 mètres.

Bassin (25 mètres)

Bassin (25 mètres)

La piscine est surveillée et les élèves ont la possibilité de s'y rendre entre deux cours ou en fin de journée, dans le cadre d'activités extrascolaires, y compris le samedi. D'autres activités extrascolaires comprennent entre autres de la danse ou de la relaxation.

Mme Pinheiro, professeur d'activités sportives

Mme Pinheiro, professeur d'activités sportives

« C'est leur maison »

Clara a effectué sa scolarité à l'Ecole européenne située sur le plateau du Kirchberg avant de la poursuivre ici, quand l'Ecole de Bertrange / Mamer a ouvert, pour la rentrée 2012 / 2013. « Par la force des choses, à présent nous sommes un peu moins, et nous nous sommes davantage rapprochés les uns des autres. Nous connaissons bien chaque professeur, le personnel de la cafétéria... », indique-t-elle.

Ecole secondaire

Ecole secondaire

Serge Feltes abonde en ce sens : « Il y a vraiment une bonne ambiance ici, les gens se connaissent bien, on peut parler de famille, c'est leur maison. Et c'est une larme qui tombe quand ils sont partis. »

Cour

Cour

La cafétéria, ouverte de 8h à 16h, permet aux élèves de venir grignoter quelque chose. Elle prend place dans la même salle que la cantine, divisée en trois espaces (secondaire, primaire, professeurs). En été, on sort les tables sur la cour intérieure.

La salle des fêtes accueille des expositions temporaires, qui peuvent être des outils d'information, comme ici une campagne de prévention à l'égard des drogues.

Salle des fêtes

Salle des fêtes

S'y déroulent par ailleurs les spectacles de fin d'année des écoles maternelle et primaire, ou le marché de Noël. C'est également le lieu où sont célébrées chaque année les remises de diplômes.

Evénement en salle des fêtes

Evénement en salle des fêtes

Des bus font la navette avec le Kirchberg mais aussi avec le quartier gare, où se trouve l'Office des publications. Un grand nombre d'élèves se rendent à l'Ecole en vélo.

Clara doit se rendre prochainement à Versailles dans le cadre de son cours d'histoire. Les élèves de sixième (une année avec le bac) partent une semaine en excursion, cela peut être à Naples, en Irlande ou dans les Pyrénées. Pour ceux qui ne peuvent pas partir, des activités sont organisées pendant cette semaine à Luxembourg, à leur intention.

Les élèves aux commandes

Les élèves ont souhaité créer leur propre journal, « Your School Paper », dont le premier numéro est paru mi-janvier. Max Chalabi, en septième année (l'année du bac), rédacteur en chef du journal, réunit chaque semaine autour de lui dix-sept journalistes pour préparer la prochaine édition. Les élèves sont soutenus par l’association des parents d’élèves qui conseille et finance la publication du journal. Dès l’origine des écoles européennes, les parents d’élèves ont occupé un rôle central dans la vie des écoles.

A droite : Max Chalabi

A droite : Max Chalabi

Le Comité des élèves développe plusieurs projets, dont celui d'un terrain de beach volley.

Par ailleurs, un jardin d'enfant, destiné aux maternelles et aux primaires, propose un espace pédagogique pour apprendre les bases d'un potager.

Byron Xenellis, section grecque, président du Bac Comité

Byron Xenellis, section grecque, président du Bac Comité

Ci-dessous : l'un des murs de la salle du Bac. Elle appartient aux élèves de 6e et 7e (classes bac et pré-bac).

Salle du Bac

Salle du Bac

Toutes les salles de classes sont équipées de projecteurs interactifs qui peuvent diffuser sur le tableau le signal d'un ordinateur ou même d'une calculatrice graphique. Soit 227 vidéo-projecteurs.

Salle de cours

Salle de cours

La bibliothèque du secondaire compte quelque 15.000 ouvrages en quinze langues (dix-sept l'an prochain) et les élèves viennent y exposer leurs créations. C'est aussi l'un des lieux où Clara aime se rendre régulièrement. Les bibliothèques du primaire et de la maternelle proposent respectivement 27.000 et 4.000 livres. Les parents d'élèves contribuent à sélectionner les ouvrages et à organiser des activités autour des livres.

La bibliothèque du secondaire invite, au cours d'une année scolaire, plusieurs écrivains qui viennent échanger avec les élèves.

En secondaire, les élèves étudient la musique et l'art au cours des trois premières années, ensuite c'est une option. La mission est triple : développer leur culture musicale ; les faire jouer et chanter ; les faire composer. Dans la mesure du possible les professeurs, MM. Rhodes et Meunier, tentent de respecter les affinités des élèves par rapport aux instruments mais ils peuvent également accompagner ceux qui n'ont jamais pratiqué le piano ou le violon par exemple.

Salle de musique

Salle de musique

« Le fait de pouvoir regrouper des élèves qui apportent des cultures musicales différentes est une vraie richesse », se félicite M. Meunier. Des échanges avec les classes musicales des autres Ecoles européennes sont régulièrement organisés.

Le groupe Angel at my table est composé d'anciens élèves de l'Ecole européenne. Ils se produisent fin juin au festival Rock-a-Field et Clara a la ferme intention d'aller les voir.

Angel at my table - Eclipse